Minuit dans le jardin du bien et du mal - John Berendt

Ma note: 6/5

Ce chef d’œuvre de la littérature américaine a été largement inspiré de faits réels et bien que les personnages n’aient pas tous effectivement existés, il n’en reste pas moins que les plus truculents, tel Lady Chablis, la Drag-Queen est bien réelle et a même joué son propre rôle dans le film.


Ce livre, publié en 1994 par John Berendt (qui n’a écrit que deux romans avec « la cité des anges déchus » qui se passe à Venise) a figuré au box-office du New-York Times pendant quatre ans et demi, a une histoire pour moi. En fait à la base, j’ai visionné l’adaptation cinématographique faite par Clint Eastwood et je n’avais pas aimé du tout l’interprétation qu’il en avait faite. Mais comme je suis têtue et curieuse, je voulais savoir pourquoi je n’avais pas apprécié le film : j’ai donc acheté le bouquin. Et là, révélation : ça m’a beaucoup plu ! Alors quoi ?? Bon, je ne vais pas égrener les différences entre le film et le livre, il suffira juste de dire que la fin est différente et que les coups de projecteurs donnés dans le film sur tel ou tel détails sont différents du bouquin.


Pour ce qui est du livre, l’histoire se passe donc à Savannah, dans un petit état du sud-est des États-Unis, en Géorgie . La vie s’y écoule tranquillement le long de ses belles avenues bordées de maisons typiques et cossues du vieux Sud et plus particulièrement à Mercer House, riche villa d’un antiquaire de la ville, Jim Williams où doit se dérouler une somptueuse réception pour la fête de Noel, comme tous les ans. Le journaliste John Kelso est envoyé par sa rédaction pour y couvrir l’évènement.

Le livre, à travers le regard de ce jeune journaliste new-yorkais, tient aussi bien du roman que de la chronique et la galerie de portraits que nous décrit Berendt est impressionnante, riche, fournie et haute en couleur. Elle nous plonge dans l’atmosphère et la touffeur de la ville, au cœur de la haute bourgeoisie de Savannah, monde centré sur lui-même, codifié à l’extrême et rigide qui va être ébranlée par l’assassinat de Danny Hansford. En effet, Jim Williams est arrêté et accusé du meurtre de Danny, jeune rebelle anachronique avec lequel il aurait eu une liaison. Quatre procès s’en suivront et une belle bataille juridique s’engagera alors.


Alors, on peut se demander si le sujet central du livre qui est ce fait divers ayant déffrayé la chronique de l’époque n’est réellement que cela ? Pas vraiment et je dirais qu’il s’agit plutôt d’un prétexte car c’est l’occasion pour l’auteur à travers les descriptions des différents personnages rencontrés au fils de l’histoire de nous parler du Sud, de la bourgeoisie qui y siège empêtrée dans le carcan de ses traditions ancestrales et de toute une galerie de personnages interlopes aussi fascinants qu’énigmatiques ; tel Lady Chablis, donc, vedette de cabaret, Joe Odom, un riche oisif, Minerva, la prêtresse vaudou qui explique que Minuit est l’heure qui sépare la magie blanche de la magie noire, M. Glover qui promène un chien fantôme et bien d’autres.


C’est drôle, tendre, touchant, mystérieux, romantique envoutant, surprenant mais aussi cruel et sans pitié ; ça foisonne de mille et un détails sur la vie dans le Sud et qui transcrit surtout une « Atmosphère » traduite par la lumière filtrant à travers les arbres, les squares entourés de vieilles demeures Georgienne style rococo Second Empire, Colonial ou encore Régence ou Victorienne et l’on y surprend l’accent trainant et lent du Sud. Une atmosphère où les morts ne semblent pas vraiment morts et où les cimetières constituent des lieux de promenade.



Charme trouble et imprégné de mystère / L'énigmatique Fille aux oiseaux, la statue funéraire du cimetière de Bonaventure qui illustre la couverture du livre, est devenue l'icône de Savannah.




Minuit dans le jardin du bien et du mal évoque cette heure des morts où le cimetière passe d'un dialogue posif avec les morts, la demi-heure avant minuit, à son versant plus sombre, la demi-heure après minuit, où les morts se vengent des vivants.


Musique de Jazz


Vieille aristocratie décadente courtoise et sulfureuse.

Car dans cette ville où le paraître tient une place d’importance, la réalité n’est pas forcément tout à fait identique à l’image publique.

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