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De la race des seigneurs

Alain-Fabien DELON

(2019)

Le Pitch:

Une vie peut-elle basculer en une nuit ? Alex Delval, dix-huit ans, rêve de devenir acteur comme son père. Mais alors qu’un rôle lui est offert, le doute l’assaille violemment. Happé par ses démons, il se réfugie dans l’alcool. Une rixe éclate. Rideau. Quand il reprend ses esprits, Alex se trouve face à un homme qu’il ne connaît pas. La soixantaine, le regard bon. Un psy. Dans les profondeurs de la nuit, une complicité inattendue va naître entre eux. Pour la première fois, Alex osera se livrer. Comment devenir soi quand on a grandi dans l’ombre d’un mythe ? Comment dépasser l’image du « fils de » pour s’emparer enfin de son destin ?

Un père, un fils. L’amour, la haine.

Mon avis:

J’ai attendu que la surexposition médiatique autour de la sortie de ce livre retombe un peu pour tenter de produire un avis plus objectif loin de l’effervescence provoquée par d’éventuels détails croustillants que le fils Delon aurait pu révéler.  Il est vrai que j’ai postulé pour la lecture de ce livre sur la foi du nom affiché ; non pas pour en apprendre plus sur le père, non, mais pour découvrir ce que le fils avait à dire justement. Aucune déception de ce côté-là.

Ce premier roman d’Alain-Fabien est donc une fiction [revendiquée haut et fort] et toute ressemblance avec des personnages ayant existé serait évidemment fortuite…blablabla. J’ai dû néanmoins me faire violence absolue pour éviter les parallèles et les raccourcis et réussir à m’extraire du contexte particulier de cette famille archi-connue! D’ailleurs, Alex Delval (A.D…) ne fait rien pour nous aider à nous déconnecter de la réalité.  Est-ce un jeu, volontaire ?

Pour le récit, l’auteur raconte son histoire à un psy qui l’a emmené à son cabinet à la suite d’une bagarre dans une soirée entre ami(e)s d’où découlera de graves conséquences. En parallèle l’auteur doit passer un bout d’essai, un casting de rêve pour un premier grand rôle au cinéma. Il s’interroge sur sa légitimité à le faire à travers une réflexion intérieure qui doit aboutir à une prise de décision (et de conscience). Peut-il marcher dans le sillage de sa « star de père » aux reflets si aveuglants, sans se brûler les ailes, tel Icare ? Saura-t-il s’en détacher, se singulariser ? Pourra-t-il « crever l’écran » ? Telle est la question centrale de ce livre où « oui/non » s’affrontent violemment et les doutes sont légions. Pourrait-il supporter un échec cinématographique en fait?

Pour ce qui est du contenu, un torrent de sentiments bruts se déverse dans cette œuvre : un déchainement de haine, d’exaspération, on y perçoit intensément la peur de l’ire paternelle, des menaces de représailles, des querelles. L’auteur apparait très en colère et en conçoit de l’aigreur. On perçoit l’irritation, l’agitation, le dépit ; il est furieux, il fulmine, il a du ressentiment, de la hargne, de l’animosité, un courroux immense contre son père surtout, mais aussi la mère, les amis, sa petite amie, le monde entier !

Tout s’accumule, indignation, rage, désir de vengeance. On ressent son agressivité de plein fouet, sa rancœur, son emportement. Il est en rupture totale avec son entourage. Il perçoit la défection des parents comme un reniement. Son sentiment d’abandon est criant. Il en conçoit un profond désarroi et une solitude difficile à supporter à un tel âge, induisant un sentiment de vide abyssal et d’insécurité l’amenant à commettre des incartades et des extravagances de plus en plus conséquentes. Une grande fuite en avant dans les abus "classiques", amenant folies, débordements et outrances, mêlant divers alcools, drogues et autres médicaments engendrant une violence  devenue "ordinaire".

Le vrai sujet c’est « comment parvenir à exister » à l’ombre de cette silhouette imposante et écrasante que représente sa « star de père », d’un monument, d’un mythe ? Ce livre relate les difficultés à se positionner par rapport à un père qui occupe au sens propre comme au figuré, tout le devant de la scène ! L’auteur exprime son ambivalence totale, à la fois l’admiration, le rejet, la haine. Cri de haine teinté d’amour et appel à l’aide.

Tout le livre illustre juste cette interrogation en donnant des exemples concrets de faits amenant tous les excès, les doutes, les égarements, les manquements… Comment « tuer le père » comme on dit en psychanalyse, s’en détacher sans sombrer ? Vous savez cet être que vous admirez mais qui prend toute la place, qui est tellement exigeant et intransigeant, autoritaire, intraitable, implacable à donner le vertige, qui vous fait douter de vous-même surtout à 18 ans…

Il s’agit d’un véritable récit cathartique, un défoulement qui se veut libérateur voire rédempteur. C'est l'histoire d'un "écorché vif" à la sensibilité exacerbée.  Un être sur la défensive, à fleur de peau, en quête d’amour et de respect de son ainé.

Sur la forme, la stratégie de l’éditeur me pose problème : Pourquoi avoir écrit « DELON » en aussi gros caractères sur la couverture puisque le fils rêve « d’exister » par lui-même et pour lui-même ?

Pourquoi donc « user » de la notoriété d’un nom qui est apparemment si difficile à porter. Je soupçonne une stratégie marketing soigneusement « pensée et orchestrée ».

 

Mettre en avant le titre et non pas le nom eut été peut-être moins « vendeur » mais plus authentique. Cet artifice décrédibilise le contenu à mon sens et c’est dommage. Pourquoi mettre une photo qui ressemble au père s’il veut tant se démarquer ? Difficile de s’affranchir de la célébrité familiale, mais elle peut quand même servir… il est difficile de faire la part des choses entre réalité et fiction ; ambigüité savamment entretenue tout en niant toute similitude. Peut-on parler de bio-fiction ?

Pourtant le fils a un véritable, talent d’écriture, certes jeune mais indéniable. Son écriture est vive, saccadée mais néanmoins fluide ; son style dépouillé à l'extrême, aéré et délié voire télégraphique confine à l'essentiel; le tout sans artifices ni exercice de style inutile. Le débit des phrases est pourtant haché, donnant une structure de phrase heurtée, fracturée. Cela évoque un style enfiévré, très direct et rapide jusqu'à la névrose, une intensité bouillonnante.

 

Cette spontanéité brutale, impulsive et nerveuse est finalement désarmante. L'écriture frénétique semble "jetée" sur les pages dans l’urgence tel un attelage dont les chevaux seraient devenus fous; On sent affleurer l’impatience et l’instabilité de la jeunesse, un maelstrom d'émotions, tumultueux, incommensurable. Un talent certain pour la narration et un style incisif, un beau coup de plume ! Merci Monsieur. 

 

Pour finir, je referme ce livre sur une excellente impression du talent littéraire du fils. Reste pour moi à visionner son film tourné en 2013, voir ce qu’il en ressort. Mais je recommande avec enthousiasme cette lecture et je remercie Les éditions Stock et la plateforme numérique NetGalley pour cette découverte très intéressante et prometteuse.

Fragments
Marilyn Monroe
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